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Prix Garde-fou 2022- Marie-Félix

Depuis 2010, Folie/Culture soutient la création chez les artistes en voie de professionnalisation en remettant le prix Garde-fou à un.e finissant.e du baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’Université Laval.

Le prix, une bourse de 750 $, est attribué à une personne dont le travail est le résultat d’une recherche inusitée s’accordant avec la mission de Folie/Culture.

C’est avec honneur que nous décernons le prix Garde-fou 2022 à l’artiste Marie-Félix pour son œuvre Ici gît le gisant rose.
Toutes nos félicitations!

Marie-Félix, Ici gît le gisant rose, 2022, porcelaine et paillettes iridescentes,100 X 30 X 45 cm.

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Un curieux mobile de céramique découpe de sa forme irrégulière l’éther où il semble évoluer sans attaches, flottant. Plutôt qu’un mobile, une coquille, nous dit Marie-Félix. Une précision nominative qui n’est pas anodine puisque s’y rencontrent certaines contradictions : si la coquille peut se faire milieu d’enfermement, de réclusion, elle se donne également à vivre telle une cache hospitalière où prendre refuge. La coquille comme habitacle, comme enveloppe, possède des vertus protectrices : lieu de repliement, elle protège ce qui y gît des assauts du regard, maintient au secret les précarités, les faiblesses de tout acabit en opposant à la face du monde une solidité indéfectible.

Mais voilà que cet abri est en péril, la citadelle où faire retraite lézardée de toutes parts. Agitée de fêlures et de brèches, la coquille-fragment pensée par Marie-Félix ne sait plus retenir les faillibilités.

Et sans doute est-ce mieux ainsi, car bien que traversée de brisures, l’œuvre scintille, attrape la lumière, se pare d’étoiles.

La tension manifeste entre la nature du médium élu par l’artiste – la céramique se voyant éminemment vulnérable à la destruction – et la périllosité du mode d’installation de l’œuvre empêchée de choir au sol par des liens ténus alimente ici une réflexion articulée à la notion de mal-être, cet état d’inapaisement du sujet toujours guetté par l’effondrement, tenaillé est-il par un sentiment d’inadéquation au monde dans lequel il prend place : un monde pour lui inhabitable. C’est bien parce que l’œuvre de Marie-Félix installe cette fragilité dans l’espace d’exposition, lui confère une présence discrète où affleurent plastiquement les brisures de l’être, mais aussi leur résorption, qu’elle a suscité l’attention de Folie/Culture.

Layna De Roy
Pour Folie/Culture